Cet article est rédigé dans le cadre du festival À la croisée des blogs, organisé ce mois-ci par Sylvaine d’Ithaque-Coaching. Le thème du mois est la soif d’apprendre! Nous étions à «forumer» sur les différents sujets, et j’ai été surprise et ravie que ma proposition soit retenue!
J’ai déjà hâte de lire les articles des autres blogueurs!
Passons maintenant dans le vif du sujet… Ceux qui me lisent à l’occasion savent que mon conjoint a effectué dernièrement un retour à l’école, à plein temps, et que bientôt ma grande fille entrera à l’école… et moi même je serai de retour sur les bancs de l’Université dès septembre! Pour ma part, ce sera à temps partiel, je suis déjà assez dans le jus comme ça! Bref, maso, mais pas trop la fille hi hi!
En pensant à ce thème, ma réflexion s’est beaucoup orientée sur les questions en lien avec l’aspect motivationnel intimement lié à la soif d’apprendre (ouh on sort les grands mots!). J’ai pensé à mon conjoint qui est comme un poissson dans l’eau dans ses cours, à ma fille qui attend avec impatience ses premiers jours dans la cours des grands… et moi qui n’ai de cesse de penser à mon cours à venir cet automne! Mais d’abord, avant de parler de motivation et consorts, qu’est-ce que l’apprentissage? Et pourquoi la motivation est-elle essentielle à l’apprentissage?
Portrait de la plante…
On a parfois tendance à le confondre avec le concept de l’enseignement. Si l’enseignement vise la transmission de savoirs (connaissances) par le biais de l’étude, d’exercices et de contrôles des acquisitions, l’apprentissage réfère quant à lui à l’acquisition de savoir-faire. Le savoir-faire réfère à la pratique et aux compétences, soit l’utilisation adéquate de différents savoirs en contexte. Par la suite, l’utilisation adéquate d’un savoir-faire en contexte réfère à un savoir-être, comme adopter une certaine attitude ou reproduire des comportements en accord avec des valeurs culturelles précises.
Plante cherche terreau (pot inclus, préférablement…)
Puisque l’enseignant est responsable de l’enseignement, et l’apprenant responsable de son apprentissage, tous deux ont une part de responsabilité dans la construction du contexte d’apprentissage. Pour qu’une plante pousse bien, elle a besoin d’un bon terreau. Pour qu’un apprenant apprenne bien, il a besoin d’un contexte approprié. Un bon terreau est un mélange équilibré de terre, de nutriments et d’air… un bon contexte d’apprentissage offre des activités variées, équilibrées et bien dosées, dont les consignes d’exécution sont claires. L’apprenant disposera de suffisamment de temps pour les accomplir. L’apprenant doit s’assurer d’être physiquement, mentalement et émotionnellement prêt à effectuer des apprentissages. Mais ce n’est pas tout.
Garder le sol humide
Un bon contexte pose de solides bases à l’apprenant. Il peut ainsi être disposé à effectuer un apprentissage, et ne sera pas effrayé par la tâche. Cependant, pour déclencher une soif d’apprendre, un goût d’aller plus loin… bref, une étincelle de motivation, il faut aussi un bon coup d’arrosoir! Mais de quoi? De signification: l’apprentissage doit être signifiant pour l’apprenant. De défi: ni trop peu (c’est plate!), ni trop (ça fait peur!), juste assez pour titiller l’intérêt… et l’orgueuil! D’authenticité: si c’est trop loin de la réalité, que cela ne semble pas être utile, pourquoi s’embarasser de tout cela? D’engagement cognitif: si l’apprentissage se borne à répéter sans réfléchir une liste, pour le défi et la capacité réflexive, on repassera…
Exposition: plein soleil!
Du terreau, de l’eau, un pot… tout cela c’est bien beau, mais il semble que ce ne soit pas complet. Une fois déclenchée, la soif d’apprendre doit être maintenue. Sinon, elle va finir par s’éteindre. On doit donc s’assurer de maintenir la qualité des éléments précédemment énoncés, mais d’y ajouter une touche de «soleil»… Lorsque l’on construit une activité d’apprentissage, il ne faut pas oublier que l’humain est une bibitte sociale, férue d’interactions avec ses semblables et qui aime faire des liens. Bien que certains apprentissages puissent se faire de façon individuelle, idéalement il faudrait y intégrer des possibilités d’interactions, de collaborations et d’interdisciplinarité. Sans oublier, bien sûr, une petite dose de responsabilisation! Pourquoi travailler dur si on ne se sent pas responsable de son éventuel succès?
En résumé…
Si on reprend ce qui est expliqué ci-haut, cela revient à démonter deux points de vue qui ont malheureusement la vie dure…
L’apprenant qui identifie l’enseignant comme responsable de ses succès ou échecs par ses méthodes d’enseignement, ses contenus de cours et ses activités d’apprentissage.
L’enseignant qui identifie l’apprenant comme responsable de ses succès ou de ses échecs par son ardeur au travail, son engagement personnel et son désir de réussite.
La soif d’apprendre puise ses énergies dans la motivation et l’engagement des apprenants et de leurs enseignants.
Rolland Viau, du département de pédagogie de l’Université de Sherbrooke, a dégagé dix conditions essentielles pour motiver un apprentissage, en se basant sur les travaux de plusieurs chercheurs sur la motivation (Stipek, 1998 ; Paris et Turner, 1994 ; McCombs et Pope, 1994 ; Brophy, 1998). On peut s’en servir comme liste de vérification, par exemple lorsqu’un enfant entame sa vie scolaire. On peut également s’en servir lorsque l’on ressent un malaise en contexte d’apprentissage mais que l’on a du mal à identifier ce qui ne va pas.
Une activité d’apprentissage qui génère, entretient et stimule la soif d’apprendre doit:
· être signifiantes pour l’apprenant;
· être diversifiées tout en s’intégrant harmonieusement aux autres activités;
· représenter un défi «juste assez bien dosé»;
· être authentiques, c’est à dire être un reflet de la réalité;
· exiger un engagement cognitif, donc faire sentir à l’apprenant qu’il doit «se servir de sa tête» et non simplement appliquer une procédure toute faite;
· responsabiliser l’apprenant;
· permettre l’interaction et la collaboration;
· être interdisciplinaires;
· comporter des consignes claires;
· se dérouler sur une période de temps suffisante.
Si votre enfant vous dit que l’école «c’est platte», ou que vous même ou un de vos amis vous fait part de son manque d’entrain pour une activité d’apprentissage, prenez le temps de faire une petite «check list»… Par la suite, vous serez outillé pour une petite discussion avec l’enseignant sur ce qui cause la démotivation et, éventuellement, le désengagement envers l’apprentissage.
Cas vécu
Moi, je trouvais le cours d’économie franchement platte. J’y dormais fréquemment. On apprenait à y lire la Bourse, à faire un budget, on parlait même de RÉER. À 17 ans, tout cela était bien loin de me préoccuper: ce n’était pas signifiant, ni authentique par rapport à ma réalité, et souvent je ne comprenais pas un traitre mot des consignes pour les exercices. Aujourd’hui, près de 13 ans plus tard, je regrette de ne pas avoir mis (et que mon enseignante n’ait pas mis) le doigt sur mon «bobo». J’ai appris la gestion des finances personnelles par essais et erreurs, le plus souvent en lisant sur Internet. J’ai compris nombre de chose «a posteriori». Avoir mieux suivi ce cours, j’aurais peut-être évité une partie de mes problèmes financiers actuels. Pas tous (j’ai quand même eu une sacré douche de malchance l’an dernier), mais une bonne partie.
Aujourd’hui, je suis plus attentive à entretenir ma soif d’apprendre sur ce sujet… et sur d’autres : ) ! Et vous?
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Une très belle et très juste métaphore.
En cette période de rentrée scolaire, on peut méditer sur les problèmes de motivation dans les études et d'incompréhension commune entre enseignant et enseigné…
Merci Simon pour ton commentaire. En effet, la rentrée m'a fait réfléchir à toute allure sur ce sujet! J'ai eu du mal à ne pas écrire un billet de 75 pages! J'espère te relire à une prochaine édition de la croisée des blogues, j'ai bien aimé ton billet de ce mois!