31 May 10

Prendre un congé sabbatique pour retourner sur les bancs d’école, ce n’est pas une décision qui doit être prise à la légère. Si aller à l’école a un prix, quitter (ou perdre!) son emploi en a également un!

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que mon conjoint est retourné à l’école depuis maintenant un an.  Cependant, nous n’avons pas pris cette décision sur un coup de tête!  C’est le résultat d’un processus qui a mis près de trois ans à aboutir.

Mon conjoint avait déjà un diplôme dans un domaine où on anticipait une forte demande en raison d’éventuels départs à la retraite. Or, il s’est avéré, après quelques années de tentatives de placement, que non seulement la prise de retraite dans le secteur s’avérait plus lente que prévu, mais qu’en plus on procédait à une attrition en ne remplaçant pas de facto tous les départs à la retraite.

De plus, on a constaté à l’usage (car mon conjoint a quand même obtenus divers contrats dans le domaine) que ce milieu était «sclérosé» : embourbé dans leurs façons de faire, les conventions collectives, tout un chacun tire la couverture de son bord et personne ne travaille en équipe.  Quand une secrétaire vous menace de grief parce que vous écrivez-vous même un texte à l’ordinateur, c’est un choc au XXIe siècle!

Comme il avait du mal à se replacer après ses contrats et que nous ne pouvions pas vivre sur mon seul salaire (étant moi-même à contrat et sous-payée à ce moment), il a exploré d’autres avenues entretemps, et a trouvé son compte dans un secteur d’emploi ne nécessitant pas de diplôme spécialisé : le camionnage.  Outre si vous conduisez des camions à fort tonnage, un permis régulier de classe 5 vous permet de vous placer assez rapidement pour les livraisons «même jour» qui sont majoritairement faites en camion à essieux simple.

Vinrent ensuite les problèmes de santé physique associés à ce type d’emploi… ce n’est pas dans ce type de camion que vous pouvez espérer un bon siège pour ménager vos vertèbres, et il manque souvent du matériel pour assurer un chargement/déchargement sécuritaire. Vint également le découragement et le sentiment de passer à côté de sa vie, de ne pouvoir apporter son «plus» à la société… et les problèmes de santé associés à ce type d’humeurs.

Il arriva à obtenir un ultime contrat dans son domaine de formation initiale… pour mettre le dernier clou au cercueil de cette partie de sa carrière.  Ce milieu ne lui apportait ni argent, ni stabilité minimale d’emploi, ni satisfaction personnelle. Une fois le contrat terminé, il y eu les rénovations majeures à la maison pendant son chômage et congé de paternité.  Il en profita pour réfléchir à sa carrière, et trouva une avenue intéressante qui correspondait à ses habiletés et intérêts.

Il y avait un an d’attente avant de pouvoir être admis à ce programme. Un an avant de confirmer si c’était vraiment dans ses intérêts (dur pour une personne pratico-pratique d’évaluer cela adéquatement strictement d’un point de vue métaphysique!). Un an pendant lequel il a papillonné d’un emploi mal payé à un autre en raison de la crise économique. Un an à se questionner sur comment nous allions payer ses études.

Par «chance», mon conjoint a obtenu une subvention pour sa formation dans le but d’améliorer son employabilité.  Il était considéré un travailleur à statut très précaire, et dont le diplôme présentait de faibles possibilités d’emploi dans sa région de résidence.  La formation qu’il a choisie ayant des statistiques supérieures de placement, il s’est qualifié.  Par contre, ces prestations ne sont pas suffisantes pour combler  les besoins financiers de notre ménage, notamment pour rembourser les dettes que nous avons accumulées pendant les rénovations et ses périodes prolongées sans emploi ni chômage. Il travaille donc à temps partiel pour combler ce manque à gagner.

Retourner à l’école n’est pas une sinécure.  Cela demande du courage, de la motivation et d’accepter de vivre parfois plusieurs frustrations.  Si on peut planifier tout cela et le faire sur nos économies, tant mieux.  Malheureusement, la majorité des gens qui retournent en classe le font par nécessité et non par choix. Et quand c’est nécessaire, c’est souvent parce qu’il y a un problème d’employabilité à la clef.

Si vous envisagez un retour à l’école, prenez le temps de vérifier tous les paramètres.

  • En quoi ce retour à l’école sera un plus pour votre carrière?
  • Comment ferez-vous pour payer vos factures pendant ce temps?
  • Une fois votre diplôme obtenu, pourrez-vous retourner à votre ancien emploi ou devrez-vous vous créer un nouveau réseau pour vous placer dans votre nouveau domaine?
  • Serez-vous en mesure de vous placer au lendemain de l’obtention de votre diplôme?

Ce n’est là qu’un échantillon des questions qui ont hanté nos esprits (et qui continuent de le faire pour certaines) avant qu’il ne débute ses cours… je vous suggère fortement d’accepter de vous faire torturer l’esprit par elles avant de prendre votre décision.  Ainsi, vous aurez une meilleure idée d’à quels impacts vous aurez à faire face avant, pendant et après la formation… bonne réflexion ;-) !

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Filed under: Au Quotidien,Zen Attitude

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4 Commentaires.

  • sarah says:

    Après la fin de mes études collégiales, j’ai décidé de travailler à temps plein et finir les queslques cours qui me manquaient pour avoir mon DEC par correspondence. Je me suis dit que 35 000$ par année me permetterai suffisament de payer mes dettes et de mettre un peu d’argent de coté pour aller à l’université sans avoir à travailler. Deux ans plus tard, je suis toujours au même point de départ il me reste 2 cours pour obtenir mon DEC et 20 000$ (incluant le prêt étudiant) de dettes. Mais là j’ai pris ma décision, je rentre à l’université en septembre 2011. Il est vrai que la route est difficile et que j’aurais probablement à travailler à temps partiel (dû aux augmentations des frais de scolarité prévues) ce que je voulais éviter. Je pourrais bien dire que je pourrais compter sur mon chum pour payer mes factures et me donner de l’argent de poche, mais coté finance je sais que je ne pourrais jamais compter sur lui. Mais ces deux ans sur le marché du travail (et mon intérêt soudain pour les finances personnelles) m’a fait comprendre que je n’étais pas dans le bon domaine. Je suis présentement dans le domaine du droit et je prévois aller étudier les finances. Si tout vas comme prévue, j’aurais besoin de travailler seulement durant les vacances et non pas à temps partiel durant les sessions. Bonne chance à ton conjoint pour la réussite de ses études!

  • Mama Zen says:

    Bonjour Sarah, merci pour ton commentaire!
    Pour les frais de scolarité à l’université, l’augmentation sera quand même progressive si je me fie à ce qui a été annoncé. Actuellement, cela coûte environ 1500$ pour étudier une session à temps plein excluant les livres… et c’est le même coût que lorsque j’étais à l’université il y a 10 ans! Je suis sûre que tu peux y arriver; il est vrai que cela demande beaucoup d’efforts mais quand je te lis je ne doute pas une seconde que tu puisses les fournir! :-)

  • Val says:

    Bonjour Mama-Zen,

    Excellent article qui met bien en perspective que l’on obtient rien si on ne travaille pas pour, et il faut travailler dur en plus! J’espère que ton conjoint aime ce qu’il étudie et qu’il ne se remet plus en question… Mon ex aussi a travaillé dans le camionage, aussi avec un permis de type 5. Seulement, comme tu le dis si bien dans ton article, il était mal équipé pour travailler. Comme il n’est pas non plus très bricoleur il a fini par se trancher une partie d’un doigt avec un exacto, ce qui l’a mis en arrêt maladie pendant dix jours. Comme il est musicien de métier cela lui a fait peur. Perdre un doigt quand on est musicien, c’est pire que pour la plupart des gens…

    Bref, ton article m’a rappelé d’assez mauvais souvenirs… Je suis contente que le tout se replace pour vous. Après tout vous avez survécu à la crise et ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort! Bravo :-)

  • Mama Zen says:

    Salut Val! Merci pour ton commentaire!
    Oui mon conjoint aime ce qu’il étudie et on a bien hâte que le travail reprenne! Pour ton ex, j’avoue qu’il a dû avoir peur avec cette histoire d’exacto… :S pas un incident très agréable de se trancher un doigt! Mon conjoint n’avait souvent pas de transpalette pour soulever ses charges très lourdes, alors il a fini par se blesser au dos, et ça, les compagnies d’assurances sont très frileuses sur les blessures au dos étant donné qu’il y a souvent eu des abus sur ce type de cas.
    Enfin, tout cela est derrière nous, ça nous a appris beaucoup de choses et on s’en souviendra ;-)



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